Séminaire théorique


Détours et tourments de la phobie

Argument de la session 2022-2023 de la Section clinique de Strasbourg.


Détours et tourments de la phobie

La phobie vaut le détour et mérite que l'on s'y attarde, tant sa fréquence est grande dans la clinique et ses manifestations variées. Plus qu'un symptôme, plus qu'un avatar des troubles anxieux, elle occupe le devant de la scène dans la névrose phobique, mais se présente aussi dans la plupart des autres tableaux cliniques. Par ailleurs, c'est un symptôme très répandu chez l'enfant, souvent spontanément résolutif. Ce dernier point peut faire douter de sa nature pathologique et invite plutôt à interroger le statut de la phobie. Ne serait-elle pas corrélative de certains moments cruciaux de l'existence pour lesquels les appuis et les repères symboliques sont particulièrement requis ?

Pathologique ou non, la phobie est pourtant bien une souffrance, un tourment, que l'évitement tente de pallier. Elle confronte à l'angoisse, mais contribue aussi à la réduire en la localisant dans un objet précis ou une situation particulière. Elle incarne la peur, mais structure aussi l'espace en y inscrivant des zones d'évitement : la phobie fait baliser. Balise, mais surtout blason, nous dit Lacan[1], nous invitant à déchiffrer à la suite de Freud ce qui s'affiche dans la phobie. Énigmatique, effrayant, mais avant tout signifiant promu par le sujet aux avant-postes dans sa rencontre avec l'angoisse, l'objet phobique s'inscrit dans l'histoire d'un sujet.

Cette inscription demeurerait opaque si Freud n'avait eu l'idée que la névrose, et en particulier la névrose phobique, est une question que l'être pose pour le sujet « de là où il était avant que le sujet vînt au mode ». Lacan a relevé cette expression à partir de son commentaire du cas freudien du petit Hans, cas princeps de l'analyse d'une phobie. Nous suivrons ce chemin inaugural, mais toujours actuel, frayé par Freud et repris par Lacan dans son Séminaire La Relation d'objet. Au fil des 12 séances de ce Séminaire consacrées à son cas, nous verrons comment un enfant de 5 ans - le petit Hans - « devant l'énigme soudain actualisée pour lui de son sexe et de son existence, développe, autour du cristal signifiant de sa phobie, sous une forme mythique, toutes les permutation possibles d'un nombre limité de signifiants»[2].

Sur cette base, nous pourrons alors saisir ce qu'ont d'éclairant les considérations ultérieures de Lacan sur l'objet phobique notamment lorsqu'il la situe comme signifiant à tout faire pour suppléer au manque de l'Autre[3] ou dans son rapport à la jouissance. Ces repères théoriques permettront de donner une orientation à la pratique clinique avec les adultes et les enfants tourmentés par une phobie, ainsi que les parents des enfants qui les interpellent avec leur peur.

Un séminaire théorique, des groupes de travail, des présentations et des discussions cliniques, ainsi que des conférences seront les principaux vecteurs de cette formation.


[1] Lacan J., Fonction et champ de la parole et du langage, Écrits, Éditions du Seuil, 1966,p.281

[2] Lacan J., L'instance de la lettre dans l'Inconscient, op.cit., p.519

[3] Lacan J., La Direction de la cure et les principes de son pouvoir, op.cit., p.610